La fin de la faim dans le monde ? Soylent (vert but not green).

Rob Rinehart est un ingénieur pas si loufoque que cela : la course aux compléments et substituts alimentaires n’est en rien une nouveauté. Mais il est le premier à sortir du gué sur un sujet aussi sensible que « l’aliment parfait de l’être humain ». Son investissement dans la création d’une poudre à mélanger avec de l’eau qui remplacerait tout autre aliment a largement de quoi intéresser l’ensemble d’une planète qui étouffe dans son opulence par endroits et qui meurt de faim à d’autres.

Une étrange référence sous forme de dénonciation (?)

Soylent Green est un film de 1973 (quand je vous dis que ce n’est pas nouveau ^^) dont le titre français est Soleil Vert. Dans ce film, une petite oligarchie a les moyen d’acheter avec de l’argent du Soylent Red, et du Soylent Yellow le tout dans un monde ultra-pollué et surpeuplé. Le Soylent Green lui est accessible à tous et est censé être à base de plancton. Cependant, il s’avère que l’aliment de la majorité se révèle être à base de cadavres humains récupérés à grand coup de « cabines à suicides » et de bennes à « ordures »… Il s’agit bien entendu de dénoncer le cynisme d’une petite oligarchie dans un monde en ruine. Reste que ce nom est extrêmement connoté. Il est toujours un peu étrange pour une société d’opter pour un nom qui dénonce plutôt que pour un nom avec des paillettes, des licornes et un positionnement ultra-positif rose guimauve dedans. Bref, la question est de savoir si Rob Rinehart se voit plutôt comme Sol Roth / Thorn ou Tab Fielding…

De quoi révolutionner l’agroalimentaire

Le Soylent s’il n’est évidemment pas à base de cadavres pourrait, utilisé à bon escient, limiter le nombre de ceux-ci. En effet, l’agro-alimentaire intensive a sa part de responsabilités dans l’état actuel de notre planète. Il est de bon ton actuellement de dire que la Terre ne peut pas faire face à notre situation démographique. Et en effet, c’est le cas avec notre façon de faire actuelle. Mais il n’en reste pas moins que dans l’absolu cette assertion est totalement fausse. C’est d’ailleurs aussi faux que tout ce que la majorité des gens pense savoir de l’alimentation. Pour tordre le cou à des idées reçues déjà entendues ici et là :

– Le corps humain est un complexe enchevêtrement de réactions physiques et chimiques et nos aliments aussi. Tout n’est que chimie. Rien en se perd, rien ne se crée : Tout se transforme.
– La viande n’est absolument pas nécessaire à l’équilibre alimentaire, c’est juste l’apport en protéines le plus proche de notre composition (on mange donc des cadavres actuellement). C’est par paresse que l’on opte pour la viande et l’élevage intensif.
– Ce n’est pas parce qu’une chose est naturelle qu’elle ne présente aucun danger et qu’elle est donc saine. L’Opium est naturel et peut même s’obtenir à base de cultures bio.
– Comme le nuage de Tchernobyl, les polluants ne s’arrêtent pas à la frontière des champs bio… (Inutile d’en rajouter cependant !)
– 5 fruits et légumes par jour ne sont pas un gage de bonne santé. C’est simplement qu’en Europe, nous avons opté pour une approche par aliments plutôt que par nutriments. Cela évite de mettre l’accent sur la chimie qui conduit à obtenir des aliments calibrés en focalisant sur ces « beaux fruits et légumes si sains » alors qu’ils sont gavés de pesticides et cultivés en hydroponie. 5 fruits et légumes vous assurent donc un supplément de nutriments que vous ne trouverez pas dans les frites de MacDo. Mais aussi un supplément de pesticides. C’est l’inverse du raisonnement du Soylent qui tient plus de l’assemblage chimique de nutriments que de la nature.
– Le cancer qui depuis 1971 est communément considéré comme une maladie génétique semble en fait être une maladie métabolique. L’alimentation pourrait donc avoir sa part de responsabilité dans la hausse du nombre de cancers. Les cellules cancéreuses semblent se nourrir en particulier de sucre… (Regardez un peu : le sucre est présent partout)
– Un régime équilibré n’est pas forcément varié. Il peut être répétitif. Ce pour quoi nous sommes incités à prendre un régime varié est très simple : Nous ne comprenons pas encore toutes les interactions entre les aliments et notre métabolisme. Par précaution, en mangeant de tout on suppose qu’on ne manque de rien… Là encore, le Soylent raisonne à l’inverse : En s’assurant un maximum des nutriments indispensables connus, on est sûr d’avoir un régime plus équilibré qu’en mangeant tout et n’importe quoi.

Des questions de santé publique

Sur le papier, tout semble donc aller pour le mieux pour le Soylent… Sauf que le risque existe. En effet, si les premiers tests sur les créateurs eux-mêmes sont très concluants du point de vue de la santé et de la forme, nous n’avons aucun recul sur le long terme. Nous ne savons pas, par exemple, le rôle joué par l’aliment « naturel » dans l’apport en bactéries nécessaires au corps et avec lesquelles il vit en symbiose. Manger uniquement des produits parfaitement « cleans » ne leur nuisent-ils pas ? (On sait par exemple que l’état bactériologique du système digestif a un rôle important dans le surpoids). Nous ne maitrisons pas non plus complétement les interactions entre nutriments provenant d’aliments complémentaire. Et surtout nous n’avons qu’une compréhension partielle des besoins réels du corps humain. Cela conduit donc à rester prudent en ce qui concerne un « aliment soit-disant parfait ».
Ce n’est peut être pas rationnel, mais je me dis souvent aussi qu’un corps qui a en permanence tout ce dont il a besoin pourrait être sur-stimulé et que cela pourrait donc conduire à une stagnation voire à accélérer sa mort. Je visualise les plantes qui n’ont jamais d’hivernage : elles finissent pas péricliter dans le meilleur des cas.
Les carences temporaires pourraient-elles être positives ? N’est-ce pas là, la raison du jeûne (ramadan, carême et autres cultures) et autres détox ? Quelle incidence sur notre digestion de manger uniquement du liquide (et d’expulser uniquement du liquide aussi) ? Bref, beaucoup de questions se posent.
Il me semble donc logique d’envisager le Soylent comme quelque chose de régulier plutôt que de permanent. De quoi tirer le meilleur parti de son corps, sans tomber dans l’excès de la sur-stimulation. Il pourrait également être le meilleur allié des carencés graves (maladies graves, anorexies…) ou dans le cadre de régimes liés au surpoids : en effet, sa simplicité d’utilisation et son coût potentiel (si produit en grande série) pourrait être d’importants atouts.

Et l’économie dans tout ça…

Soylent a réussi à lever 1 million de dollars dans sa campagne de crowdfunding. Le potentiel commercial est évidemment là. La prise de risque reste importante pour les investisseurs, mais le jeu en vaut clairement la chandelle : Imaginez un aliment universel qui pourrait à lui seul améliorer l’écologie sans engraisser Monsanto, la santé publique sans engraisser les laboratoires pharmaceutiques, réduire la faim dans le monde, éviter la « surpopulation alimentaire » et la surproduction… Il restera évidemment des freins psychologiques à lever pour beaucoup de futurs clients (le goût, l’aspect « pas naturel », le risque santé…). Mais cela fait déjà beaucoup d’aspects positifs !
Sans vouloir faire de procès d’intention, on peut aussi se demander quel est le but caché de la Soylent Corp. ? (Don’t be evil qu’il disaient…) Selon Rinehart, il s’agit plus de faciliter la vie des gens et d’améliorer l’avenir de la planète… A lui de ne pas nous décevoir et de ne pas se perdre face aux gains potentiels. En l’état, on est tout à fait prêt à le croire grâce à son initiative de lancer une plateforme sur laquelle nous pouvons tous créer notre propre recette de Soylent. On s’apercevra que c’est un exercice difficile où assez d’un nutriment correspond souvent à trop d’un autre. On constatera aussi à quel point il est difficile de trouver la véritable qualité nutritive d’un produit en France malgré l’ANSES et ses tables Ciqual déjà fort pratiques. Malgré cet écueil, cela permet d’avoir accès à un équivalent du Soylent quel que soit son pays ou son budget. Le tout, bien entendu, à réaliser sous suivi médical.

Pour le moment, le produit n’est pas disponible en Europe (évidemment ! Uniquement aux US), mais il devrait l’être début 2014 si l’ensemble de ses composants ont l’aval des autorités sanitaires. Il est encore un peu cher car produit en petites séries. Il sera, à terme personnalisable en fonction des besoins. A l’heure où les autorités passent le plus clair de leur temps à taxer tous les produits industriels qui contiennent trop de ci ou trop de ça, un aliment trop sain passera-t-il entre les mailles des taxes ou des lobbies alimentaires prêt à tout pour nous empoisonner pour des questions parfois (mais rarement) légitimes ? Quel sera le succès commercial d’un aliment en poudre ? Quelle compréhension en auront les utilisateurs ? Des réponses à ces questions dépendra l’avenir de ce projet ambitieux.

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