La colère au cœur

Ce que n’est pas la colère

L’explosion des réseaux sociaux semble nous avoir conduit à une dictature de l’image. Nous nous devons d’être beaux, forts, intelligents et toujours mesurés. Nous sommes devenus notre propre marque. Notre discours doit rester aussi policé que celui de Nike ou McDonald’s. D’ailleurs chacun est devenu jetable. Une étoile montante en remplace une autre. Et il faut dire qu’entre deux étoiles montantes, la différence est rarement flagrante.

A l’inverse, à vouloir absolument revendiquer sa non correspondance au « moule » imposé par la société, il semblerait que nous devions nous intégrer parfaitement au « moule » imposé par notre « communauté ». Ce qui semble être assez similaire… en plus étroit ! En marketing, on parlerait de niche… Cela en dit beaucoup ! Mais à mes yeux, ce n’est pas forcément motivé par la colère contre un modèle dominant aliénant…

Ce n’est pas le besoin de la liberté, mais celui de la servitude qui domine toujours dans l’âme des foules.
Elles ont une telle soif d’obéir qu’elles se soumettent d’instinct à qui se déclare leur maître.

Gustave Lebon

Car dans tous les cas, il semble être essentiel d’appartenir à une entité supérieure abstraite qui impose une ligne. De mettre un nom sur ce que nous serions. Les discours sont préformatés, recrachés à l’envi. Les éléments de langage sont repris avec des notions qui finissent par être usées, émoussées de la surconsommation qui en est faite. Et de l’absence de réflexion que leur usage devrait impliquer. Parfois au point de créer des contre-sens… C’est dire !

Incohérences
WoooKayyy !

Au-delà des mots, il n’y a bien souvent pas grand-chose derrière tout ce charivari sinon une nouvelle domination qui s’installe. Ni action, ni amélioration personnelle : il est plus facile de parler que de changer. Mais au fond, au-delà de l’impulsion initiale – et encore -, il ne s’agit que rarement de colère à mes yeux dans la mesure où la colère implique un changement. C’est d’ailleurs son rôle !

Volonté de puissance et foules

Pour qui se déclare chef de meute, il peut s’agir d’accession à un pouvoir supposé ou réel. Pour les rêveurs qui suivent les leaders, il s’agit de volonté de puissance : Un moyen de croître à travers son groupe plutôt que de disparaître seul face à l’absurdité de l’existence. Finalement, seuls les leaders semblent pouvoir porter l’action, mais combien le font réellement au-delà du discours ? Combien sont de simples usurpateurs ? Les suiveurs, eux, semblent le vivre par procuration à travers le groupe, sans rien changer à leur comportement.

L’exemple parfait est la politique ou la religion : combien de personnes se réclament d’une philosophie sans en appliquer les préceptes dès lors qu’ils vont à l’encontre de leur intérêt, de leur croissance ? Dès lors qu’ils dépassent leur échelle ? On ne s’achète pas une discipline de conscience en votant ou en allant dans un lieu de culte. On en a une au quotidien ou on en n’a pas.

Pour ma part, je préfère ne rien revendiquer, ne rien attendre, n’appartenir à rien. Bien trop conscient de mes propres incohérences.

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La colère, moteur de l’action

Aucune émotion n’est inutile. La colère nous défend contre l’injustice ressentie. La colère ne nous rend pas meilleurs ni pires, elle est seulement un signal. Un signal que ce en quoi nous croyons sincèrement est remis en question. Cela ne signifie pas pour autant, que ce en quoi nous croyons est vrai ou juste par ailleurs.

Si nous la canalisons sans en faire de la rancune, de la haine ou de la fureur, la colère est le moteur de l’action le plus sous-estimé du monde. Le problème est que bien souvent les gens confondent le message et le messager. La haine ou la rancœur sont ce que nous faisons de la colère. Nous en sommes responsables.

D’ailleurs, je m’amuse souvent à différencier vengeance et revanche. Pour moi, la vengeance vise négativement quelqu’un, la revanche me vise positivement. Les deux sont déclenchées par la colère mais elles sont nourries par deux choses diamétralement opposées.

Ma petite colère perso

A titre personnel, la colère a été mon moteur pour avancer pendant des années. Des situations ressenties comme des injustices plus jeune ont rempli le lit de ma colère et ont fini par devenir une rivière. Ma famille et mes amis se souviennent probablement de mes moments de fureur aussi violents qu’inattendus. Puis j’ai appris à la transformer en soif de revanche. Et cela m’a poussé à agir. Plus que toute autre chose, ce passage à l’acte m’a permis d’évoluer vers certains de mes objectifs personnels.

Mais une fois ces objectifs atteints, la colère s’efface… Il faut donc trouver de nouveaux vecteurs d’action. On est facilement nu au milieu du gué sansson moteur… Je me suis retrouvé dans cette situation et parfois j’y replonge sans crier gare.

Car c’est une chose d’atteindre un objectif. C’en est une autre de le maintenir en vie…

Teenage angst has paid off well
Now I’m bored and old
Self-appointed judges judge
More than they have sold
If she floats then she is not
A witch like we had thought
A down payment on another
One at Salem’s lot

Nirvana, Serve the Servants

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