Tipeee, la création de contenus hors industrie enfin valorisée ?

Hier, Youtube a annoncé vouloir renforcer ses procédures concernant le droit d’auteur en acceptant les demandes des ayants-droits. Ces derniers, dont on attends toujours qu’ils proposent des alternatives à l’illégal et s’adaptent au monde réel dans lequel les contenus circulent à la vitesse grand V, pourront donc dès lors qu’un de leur contenu sera utilisé pour illustrer une vidéo réclamer différentes sanctions pour l’auteur du contenu voire le spolier de ses revenus publicitaires. YouTube se lance avec un zèle certains dans la chasse aux sorcières contre ceux qui ont fait son succès. Sûrement pas complétement innocemment. Certains youtubers sont donc déjà l’objet de sanctions des la plate forme : contenus supprimés ou sans bande son… C’est dans ce contexte qu’est sorti hier aussi tipeee.com, nouvelle plate forme de financement participatif basée sur le concept du pourboire.

Pourquoi les ayants-droits grognent…

La première chose à comprendre c’est que la création est un business avant tout et qu’il ne date pas d’internet. Ainsi, il y a plusieurs types d’ayants-droit : les artistes sont les premiers, mais en général ils sont occupés à créer de nouvelles œuvres. Étrangement, j’ai rarement entendu un artiste se plaindre d’avoir de la pub dans des vidéos ou du contenu sur internet… Malheureusement, et sauf énorme coup de chance, on ne devient pas célèbre sans un minimum d’investissement financier, et c’est là qu’interviennent les investisseurs du droit d’auteur. En soit, je n’ai aucun problème sur le financement de la création par les majors, éditeurs et autres… C’est toujours un plus dans une carrière d’être aidé par des pros bien entourés qui cherchent des contrats pour soi.

Cependant, dans le cadre des droits d’auteurs, ce financement initial coûte à l’artiste un pourcentage de ses droits d’auteur à vie et un peu plus. Imaginez : vous achetez un appartement, votre banque vous fait crédit. Puis vous remboursez votre crédit avec intérêts… Normal ! Sauf que là, vous allez rembourser des intérêts au delà de la fin de votre crédit et même reverser un pourcentage des loyers que toucheraient vos enfants après votre mort si ils louent votre appartement. Si une banque faisait ça, je pense que beaucoup hurleraient au scandale. Je vous accorde que les risques sont énormes de miser sur un artiste et que peu d’investissements sont rentables dans ce domaine.

C’est donc cette industrie qui trouve que les revenus générés par YouTube devraient lui revenir un peu plus… Demande légitime dans l’absolu, car YouTube n’est pas une oeuvre de charité : la plateforme a déclaré cette année 5,6 Milliards de CA soit un estimation de plus de 1,2 Milliard de bénéfices. 20% du CA de la publicité en ligne c’est pas dégueu ! Si en plus, ils ne sont plus obligés de payer les Youtubers, c’est quand même une bonne occas’ de boire un verre de champagne à leur santé !

Autre sujet de grogne des ayants-droits : des vidéos/sons illégaux traînent encore sur la plate forme vidéo (même si aucune offre légale décente n’existe…). Normal aussi !

Ce qui est plus gênant, c’est quand les œuvres de leurs artistes servent de support ou d’outil à d’autres créateurs moins bien payés et entourés. Car le traitement est le même, l’usage dépassant souvent le cadre de la simple illustration.

On peut citer par exemple Joueur du Grenier qui utilise des vidéos d’anim’ ou de jeux vidéos pour comme base de ses sketchs. (Qu’est-ce que c’est drôle ! J’attends toujours avec impatience la vidéo suivante !)

Là du coup, on se retrouve dans une situation où l’usage qui est fait des supports n’est probablement pas légal. Donc potentiellement, le contenu peut être soumis à sanction. Mais pour ma part, il m’a surtout donné envie à nouveau de sortir mes vieilles consoles de jeu… Il s’agit donc là de promo à mes yeux.

Ce qui est ironique, c’est que nombre de professionnels  ont tendance à faire bosser les artistes gratuitement pour faire de la promo, et à se baser sur les vues YouTube pour seule étude de marché… Donc ils s’attaquent à ceux qui leur font de la promo gratuitement sur YouTube. C’est donc complètement con, mais passons.

Le problème : comment rémunérer ceux qui créent du contenu et ne font pas partie de l’industrie ?

Le droit d’auteur ne dépend pas d’un quelconque dépôt ni à la SACEM, ni ailleurs : il existe de fait lorsque qu’une œuvre est matérialisée et ce quel que soit le support. Le plus dur étant de justifier sa primauté et de collecter les revenus de l’usage qui est fait de son travail. Là, un dépôt à un sous-traitant devient indispensable. Techniquement, la rémunération de YouTube aux créateurs de vidéos n’est donc pour autant pas moins légitime que celles des artistes « signés ». Même si cette dernière est misérable, tout comme celles de Deezer ou Spotify : on atteint des niveau où honteux est un terme qui n’est pas encore assez fort.

Certains diront que ce sont des supports de communication et qu’il faut que votre musique soit disponible partout même si cela ne rapporte rien financièrement. C’est une vision des choses qui se défend. Ce n’est pas mon parti pris : je préfère penser qu’il vaut mieux travailler la synergie de ses supports de communication et que l’œuvre doit intégrer le marketing en utilisant au maximum les différents médias comme partie intégrante de l’œuvre… Tout doit raconter une histoire, certaines œuvres comme Hero Corp l’ont d’ailleurs pas mal réussi : le Trans-média c’est déjà le présent ! Musicien c’est mort, vidéaste c’est mort, scénariste c’est mort… Il faut être l’ensemble (du genre Alexandre Astier).

Il n’y a donc pas que YouTube sur le web et c’est la que le problème intervient : comment rémunérer des créateurs de contenus alors que celui-ci est gratuit dans 90% des cas ? Car créer du contenu prend du temps : cet article par exemple va me prendre une heure ou deux de rédaction et de recherches… Temps que je ne passe pas sur autre chose plus rémunérateur. Ce blog a aussi un coût fixe : création, hébergement, amortissement du matériel informatique et vidéo, logiciels… Bref… Je le fais par envie, par passion, par plaisir mais ça ne paye pas les factures.

Tipeee : A défaut d’ayants-droit et de plateformes intelligents comptons sur le bon sens des consommateurs…

Tipeee est basé sur le concept du pourboire via des micro-paiements que les consommateurs de contenus donneraient de leur plein gré au créateur à chaque nouvelle publication et ce quelle que soit la plateforme. Dans le détail : l’utilisateur fixe un tip pour chaque contenu publié, une limite mensuelle, et tous les 6 du mois son compte et prélevé pour être reversé au créateur le 30 du mois. A ses tips sont soustraits 8% de com’ et les frais de transactions bancaires. Un revenu régulier en fonction des contenus diffusés. Lancé hier, certains ont déjà passé la barre des 2000€ de revenus grâce au bon sens des utilisateurs de leur communauté quand les meilleurs youtubers touchent 2000 à 3000€ par mois… Et que des artistes signés ne touchent presque rien… Dès lors qu’on ne vienne pas nous dire que le public n’est pas prêt a payer… Il n’est pas prêt à payer trop cher.

Là dessous se trouve MyMajorCompany, dont je sais que les contrats pour les artistes ne sont pas terribles comparés à ce qui se pratique par l’industrie « classique » surtout que le risque est pris par les internautes. Dès lors, j’ai jeté un oeil attentif aux charges : 8% sur chaque pourboire, c’est autant que sur Ulule. On est donc dans la norme du financement participatif. Les charges de transactions bancaires ne sont pas comprises, donc finalement c’est un peu plus de 8%… Rien de choquant malgré tout. J’imagine que le fait que les comptes des donneurs soient débités de 6 du mois et les artistes crédités le 30 du mois permet de maintenir une trésorerie, voire de faire fructifier un peu tout ça… Bref, rien de scandaleux, et au moins c’est indiqué.

Un énorme pavé dans la marre… et beaucoup de questions…

Tout tend donc vers un système où l’artiste / créateur de contenu gère de plus en plus de choses seul. En effet, peu auront la chance de voir leur contenu diffusé dans des médias majeurs. Dans ce cadre, quelle est l’utilité de s’encombrer des partenaires commerciaux de plus en plus impuissants, et figés. Il est légitime de se demander si compte-tenu des évolutions actuelles, un artiste n’a pas meilleur compte à monter sa propre structure puis à la faire tourner tout seul en gérant des sources de revenu multiples et moindres mais au moins de vivre correctement en se servant des plateformes peu lucrative pour rabattre vers son propre système. Quoi qu’il en soit, il est évident que l’industrie s’effondre, se crispe de plus en plus car elle lutte pour maintenir des droits dépassés par les usages plutôt que d’anticiper et proposer des choses nouvelles. Reste que pour le créateur le cadre est encore bien flou : quel statut, quelle compatibilité avec d’autres statuts (intermittence par exemple). A eux de créer un nouveau monde. Ceux qui survivront seront ceux qui s’adapteront…

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