Trois pas de recul

Inde - Pondicherry - Vaches mangeant des déchets dans la rue

Je ne sais pas vous, mais depuis toujours, et ce même dans les périodes vraiment très difficiles dans ma cité HLM quand on vivait à plusieurs sur des revenus inférieurs à 450€, je n’ai jamais eu l’impression d’être vraiment pauvre et pourtant j’ai toujours eu peur d’être pauvre. Cela m’a empêché de me lancer vers mes rêves si souvent… Et puis un jour, j’ai lâché prise. Bien après avoir obtenu les moyens de vivre décemment d’ailleurs… C’est fou l’inertie ! Je ne m’en suis pas rendu compte immédiatement.

Je pense avec le recul que cela s’est passé en Inde, probablement entre Ernakulam et Cochin, ou peut-être dans le bus de nuit entre Pondicherry et Munnar… Un nouvel angle de vue a probablement aidé.

Pauvreté, frustration et confusion

Les corbeaux mangent les déchets

Si la pauvreté est un mot souvent employé, je n’arrive pas toujours à la voir dans les situations que l’on me décrit. Par exemple, pour moi, misère et pauvreté sont deux notions qui, si elles peuvent se recouper, ne se recoupent pas toujours (je vais y revenir…)

Avant toute chose, je pense donc qu’il faut que je commence par définir ce qu’est la pauvreté pour moi : en effet, d’après moi beaucoup de gens confondent pauvreté et frustration.

Pauvreté : La pauvreté est un terme caractérisant la situation d’un individu, d’un groupe de personnes ou d’une société qui ne dispose pas des ressources suffisantes pour lui permettre de satisfaire ses besoins fondamentaux et se développer normalement.

Je vous renvoie donc vers la pyramide des besoins de Maslow pour les besoins primaires mais, en gros, si tu n’as pas les moyens, ni la possibilité de trouver à te loger ou à manger, alors tu es pauvre. Sans dire qu’on est riche quand on n’a pas de travail (loin de là), il est possible d’assurer ses besoins primaires en France grâce à un système social remarquable (et probablement très mal géré, mais c’est une autre question). Même si c’est parfois compliqué et difficile. On ne vit pas, on survit, mais les besoins fondamentaux sont assurés dès lors que la misère ne vient pas s’immiscer dans la situation.

A l’inverse, j’entends beaucoup de gens se plaindre d’être pauvre et moi, je n’y vois que de la frustration…

Frustration : La frustration est une réponse émotionnelle à l’opposition. Liée à la colère et la déception, elle survient lors d’une résistance perçue à la volonté d’un individu. Plus l’obstruction et la volonté de l’individu sont grandes, plus grande sera la frustration.

Si on n’a pas les moyens d’aller boire une bière ou d’aller au cinéma après avoir payé son crédit bagnole et son revolving pour un écran plat ou un iPhone, ou encore qu’on ne peut pas acheter des fringues de marque à ses gosses (Il est peut-être encore temps de leur apprendre à ne pas se focaliser que sur l’apparence…) alors on est frustré, pas pauvre.

Misère, Misère…

Aussi, je pense également qu’il faut bien faire la différence entre pauvreté et misère :

Misère : Le terme misère a plusieurs significations qui se rejoignent pour traduire une situation de détresse : grand dénuement, malheur, souffrance, ennui, tristesse mais aussi petitesse (« un salaire de misère »). Il est souvent utilisé pour décrire un état extrême de pauvreté mais a aussi une connotation péjorative, liée à un sentiment d’exclusion sociale.

La misère en revanche, on la retrouve à chaque fois que quelqu’un ne sait pas lire, qu’un enfant ne sait pas faire la différence entre un possessif et un démonstratif, un infinitif et un participe passé sur Facebook, quand quelqu’un sombre dans la drogue, quand quelqu’un est exclu de sa famille pour son orientation sexuelle, quand quelqu’un tombe sous les coups de son conjoint… Qu’on arrête de me dire que la solution à toutes les misères prend la forme d’un chèque ou d’un billet de banque. C’est pourtant la seule réponse qu’arrivent à trouver (et que réclament) la plupart des gens…

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Pour résoudre 80% de la misère, à titre personnel, je parierais bien volontiers sur une éducation ouverte d’esprit, pleine de bienveillance et d’empathie qui apprendrait à tout-un-chacun à s’adapter. Mais bon ça c’est moi.

Si l’argent résolvait tous les problèmes, alors les pays comme la France seraient un paradis sur terre car on a un cadre pour ne pas être pauvre quand on a la chance d’être citoyen français en France…

La misère est cependant encore très présente en France, mais le plus frustrant, c’est qu’aucun gouvernement ne peut vraiment en venir à bout tant elle dépend des histoires individuelles. On peut essayer de limiter les vecteurs de la misère tout au plus, mais un choix individuel peut entraîner (ou prémunir de) la misère. Et j’ai envie de dire : tant mieux si nous sommes un peu responsables… Cela veut dire qu’on peut y faire quelque chose ! Que nous ne sommes pas condamnés à attendre après un gouvernement (même si cela peut être difficile de sortir de sa propre condition et je sais de quoi je parle).

Et la précarité ?

Alors, là en général, il y en a un qui va me balancer « Et la précarité ? »… OK, revenons donc à la définition du mot précarité :

Précarité : La précarité est une forte incertitude de conserver ou récupérer une situation acceptable dans un avenir proche. C’est une notion développée et étudiée en sciences sociales. C’est aussi une notion subjective et relative, puisqu’elle est définie par rapport à une « situation acceptable », au sein d’une société donnée. Qui n’offre nulle garantie de durée, de stabilité, qui peut toujours être remise en cause.

Selon cette définition, ce qui est précaire c’est la vie elle-même ! Nulle garantie de durée, de stabilité, peut toujours être remise en cause… Alors, un job… C’est sûr que c’est précaire ! C’est parce qu’on a peur et car cette perte renvoie à notre propre mort que nous pouvons facilement devenir esclave d’une situation acceptable. C’est le besoin de se rassurer de cette peur primordiale qui a fait naître les pires horreurs sur cette planète… Dès lors qu’on arrête d’avoir peur de perdre, nos choix deviennent plus avisés. Avoir un CDI, c’est être plus heureux ? Pourquoi ? Parce que la banque pourra nous passer la corde au cou sans prendre de risque elle non plus ? Et qu’on peut acheter une voiture puissante et un écran plat ? Sans déconner ?! Cela ne garantie en rien que la vie aura plus de sens.

Pour moi le CDI ,sauf s’il apporte un réel épanouissement, est un Contrat de Dépendance Infinie. Laissez moi deviner : Vous détestez votre job et vous restez car c’est un boulot sûr. Vous rêvez d’autre chose, mais vous êtes en CDI et vous avez un prêt sur le dos et une famille à charge… Et là, j’ai envie de dire que vous gâchez votre talent. Apprendre à vivre avec la boule au ventre, accepter le risque et entamer une transition vers une plus grande liberté est urgent ! C’est une démarche que j’ai entamé en 2008. J’étais alors gardien de parking et sans diplôme du supérieur (j’avais mon bac).

(NB : Je parle bien ici de transition, pas de tout foutre en l’air sans tenir compte de la réalité…)

« Cela aussi passera » diront certains… Et ils auront bien raison !

Dans un débat, c’est là qu’on va me parler des inégalités qui ne cessent d’augmenter… Et c’est vrai, mais…

Pourquoi mesurer les inégalités n’est pas forcément pertinent ?

Il est, selon moi, assez peu pertinent de se focaliser systématiquement et uniquement sur les inégalités comme le font la plupart des politiques (souvent à des fins populistes). En effet, la richesse mondiale augmente énormément, au grand détriment de notre environnement et de nos colocataires animaux. Cela mériterait clairement un article mais ne soyons pas naïfs : si on produit de plus en plus, c’est qu’il y a des gens pour consommer et passé un certain stade de richesse, on ne consomme pas plus donc il est illusoire de croire que « les ultra-riches » sont les seuls responsables de la destruction de notre planète en cours…

Le niveau de grande pauvreté n’a jamais été aussi bas dans le monde. Le fait que les écarts de richesses augmentent ne signifie pas que les pauvres s’appauvrissentCela signifie seulement que globalement tout le monde ne s’enrichit pas au même rythme.

L’être humain ayant une tendance naturelle à se comparer, les tensions se font de plus en plus importantes dans les sociétés les plus égalitaires : Europe, US… Pourquoi ? Car nous ne raisonnons pas de manière cohérente : Par exemple, si on propose à un enfant d’avoir 1 bonbon et de ne pas en donner à son copain ou d’en avoir 2 et son copain 2 aussi, il choisira la plupart du temps d’en avoir plus que son pote… C’est l’effet « Mare aux poissons ». Ou encore, une injustice est perçu de manière bien plus inacceptable si la société dans laquelle elle a lieu est par ailleurs très égalitaire.

Ces biais, certains savent les utiliser pour nous manipuler…

Merci qui ?

Selon ma définition, la pauvreté se distingue de la frustration par son aspect concret. Être pauvre c’est être factuellement dans l’impossibilité d’assurer ses besoins fondamentaux, ses besoins primaires…  Être frustré, c’est ne pas avoir les moyens de s’acheter ce que l’on souhaite. Une de ces notions repose sur un fait concret, réel alors que l’autre repose entièrement sur une perception de la réalité. Notre perception de la réalité est largement liée à l’analyse que l’on fait du monde dans lequel on vit et de l’image que l’on a de soi (comme cet article peut l’être). Lorsque notre perception et notre analyse du monde est altérée ou modifiée par des stimuli ou que notre image de nous est erronée, nous pouvons nous retrouver en situation de frustration.

Attiser la frustration, mettre en exergue un mode de vie idéalisé pour que vous vous compariez puis y répondre par un bien de consommation courante est l’un des leviers les plus puissants du marketing et de la communication (avec la culpabilisation et le conditionnement) : associer un bien matériel consommable à une valeur immatérielle qui nous définirait en tant que personne. Avoir une voiture puissante ferait de nous quelqu’un de puissant, utiliser le même produit maquillant de notre star préférée, porter la même marque qu’elle ferait de nous quelqu’un d’aussi désirable qu’elle… A défaut de l’être vraiment, on peut avoir l’impression de l’avoir… Dans notre monde, le pyromane est souvent celui qui vend les extincteurs…

Dans une société où le marketing est aussi présent que la nôtre et où l’information en dépend, il est tout à fait normal que l’on confonde frustration et pauvreté. Ainsi, je ne souhaite pas que cet article soit pris comme une critique, mais plus comme un point de vue divergent de ce que j’entends et lis ici et là. Comme tout point de vue, on peut ne pas être d’accord avec cette analyse. Mais il n’est pas moins respectable que d’autres. Dans un prochain article, je vais essayer d’aller plus loin et de donner quelques pistes de réflexion sur nos vies occidentales qui ne vous rendront pas plus riches (parce qu’on s’en tamponne sauvagement), mais qui vous permettront peut-être d’atténuer la frustration…

 

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